A la ferme, la laisse ne sert à rien sauf dans les escaliers. Nos chiens sont libres d’aller et venir, de japper, de courser les poules et de tourner sur eux-mêmes pour attraper la queue. Léonce appelle Willy, qui accourt dans le couloir puis accepte un collier. Le lait tiré ce matin n’a plus le goût que nous aimions, fait de crème et de patience, les douces mains de maman sous le ventre des bêtes. Papa nous regarde d’un œil sombre, lave en cravate qui a cuit le bonheur. Myriam, vêtue de noir, attend devant le portail, le moteur de la voiture tourne – maman disait souvent Dépêchez-vous de monter, l’essence coûte cher. Nous nous dépêchons. Léonce ouvre le coffre, Willy saute sur la banquette arrière, lèche nos visages tartinés de salive, la voiture démarre, j’aperçois Florent sur son vélo qui nous suit dans le rétroviseur. Léonce bloque Willy entre ses jambes, Tu restes tranquille maintenant, C’est un enterrement, pas une promenade. Je mors dans la mousse du siège pour ne pas m’évanouir.