Voilà, c’est fini

26 septembre 2004 | Aucun commentaire

"Ils étaient sur un banc, il pleuvait sans cesse et ils étaient morts de fatigue. Elle lui disait qu’elle ne l’aimait pas, il répondait que ça ne faisait rien, et la pauvreté de leurs phrases leur faisait monter les larmes aux yeux. C’était sur un de ces bancs à la Concorde qui dominent la place et le flot incessant des voitures. Et les lumières de la ville y deviennent cruelles, comme les souvenirs d’enfance. Ils se tenaient les mains, et il inclinait vers le visage de Josée, débordé par la pluie, son propre visage débordé par la souffrance. Et c’étaient des baisers d’amants passionnées dès qu’ils échangeaient, car ils étaient deux exemples de la vie mal faite et ça leur était égal. Ils s’aiment assez l’un l’autre. Et la cigarette trempée que Bernard essayait en vain d’allumer était l’image de leur vie. Parce qu’ils ne sauraient jamais, vraiment être heureux et qu’ils le savaient déjà. Et, obscurément, ils savaient aussi que ça ne faisait rien. Mais rien."

Françoise Sagan, Dans un mois, dans un an