Sa maison d’été

29 janvier 2007 | Aucun commentaire

“Cher Paul, j’ai fêté mon quarantième anniversaire avant-hier et on a beau s’y être longuement préparé, c’est toujours un choc. Le jour même les choses n’ont pas été aussi terribles que le jour suivant, ou le jour d’après, qui était pire encore. Quelque chose qui va se produire ne donne pas la même impression que quelque chose qui s’est produit. Cela rend mes effots pour travailler d’autant plus difficiles (ou bien est-il possible que ce soit encore plus difficile ?) car l’horreur absolue de ne pas avoir d’oeuvre sérieuse derrière moi à cet âge (ou une oeuvre à succès, quelle qu’elle soit) est aujourd’hui comme un fait établi plutôt qu’un produit de mon imagination, quelque chose qui était à craindre, mais qui n’existait pas encore. Bon, je ne crois pas que tu puisses comprendre car quand tu as atteint l’âge de quarante ans tu avais déjà bien assez de réserves derrière toi.”

Janes & Paul Bowles, Lettres