Le pèse-nerfs

26 juin 2007 | 2 commentaire

“Beaucoup de personnes aujourd’hui vous présenteront leurs voeux puisque c’est le rite et que paraît-il nous entrons dans une nouvelle année. Mais pour moi ce sera une occasion de plus de vous manifester que vous avez en moi un coeur qui ne vous oublie jamais et qui plusieurs fois par jour se demande où en est votre âme et comment elle supporte l’injustice de la vie. La vie nous a moulés dans le rythme des ans et du retour fatidique des dates, mais nous ne lui avions pas demandé et ses dates ne nous ont pas rendus plus heureux en nos coeurs, ni pourvus de tout ce qui nous manque à vous et à moi spécialement, M. Ferdière : la place d’être où notre être véritable se tient quand nos consciences ne sont plus que deux résignées malheureuses qui ne peuvent supporter de vivre qu’en oubliant ce qu’elles sont. Puisse tout de même un sursaut caché de Dieu au fond de l’injustice des choses vous rendre cette année-ci le bonheur absolu. Je fais les mêmes voeux pour votre enfant dont le sourire m’a toujours émerveillé. Et veuillez dire à Madame Ferdière que je suis très peiné de ne pouvoir lui envoyer des fleurs mais que c’est ce que mon coeur pense aujourd’hui pour elle.”

Antonin Artaud, Lettre du 1er janvier 1945 au docteur Ferdière

2 commentaires

  1. Sylvia a ecrit le 28 juin 2007 a 8:11 :

    Quel touchant et merveilleux texte. Et quand on le lit, qu’on n’en connaît pas plus et qu’on regarde la date, on se dit que la vie a peut-être fait un petit effort spécial pour essayer d’arranger un peu les choses cette année-là…

  2. Azure-Te a ecrit le 2 juil 2007 a 4:33 :

    Des vœux qui vous plombent pour l’année.