Les armoires vides
27 février 2008 | 6 commentaire
“Quand elle désirait écrire, autrefois, dans sa chambre d’étudiante, elle espérait trouver un langage inconnu qui dévoilerait des choses mystérieuses, à la manière d’une voyante. Elle imaginait aussi le livre fini comme la révélation aux autres de son être profond, un accomplissement supérieur, une gloire - que n’aurait-elle pas donné pour devenir “écrivain” de la même façon qu’enfant elle souhaitait s’endormir et se réveiller Scarlett O’Hara. Par la suite, dans des classes brutales de quarante élèves, derrière un caddie au supermarché, sur les bancs du jardin public à côté d’un landau, ces rêves l’ont quittée. Il n’y avait pas de monde ineffable, surgissant par magie de mots inspirés et elle n’écrirait jamais qu’à l’intérieur de sa langue, celle de tous, le seul outil avec lequel elle comptait agir sur ce qui la révoltait. Alors, le livre à faire représentait un instrument de lutte. Elle n’a pas abandonné cette ambition mais plus que tout, maintenant, elle voudrait saisir la lumière qui baigne des visages désormais invisibles, des nappes chargées de nourritures évanouies, cette lumière qui était déjà là dans les récits des dimanches d’enfance et n’a cessé de se déposer sur les choses aussitôt vécues, une lumière antérieure. Sauver. Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais.”
Annie Ernaux, Les années
L’impression de passer ma main sur la tranche des livres qui composeraient ma bibliothèque idéale.
Il n’y a pas de langage inconnu, tout le monde sait cela ! Et qu’est-ce qu’un monde ineffable ?
“une lumière antérieure”. 3 mots sur 24 lignes de bonnefemmeries : Annie Ernaux.
Oui mais…tout est provisoire? Arf, alors finalement on arrêterait d’écrire, de faire des photos, même de raconter sa musique. Une pincée de lumière antérieure au goûter éclaircit la pensée. Marchons.
Mais la langue ineffable? Est-elle l’étoile polaire? Peut-être qu’en sentant, je ne sais pas: en écrivant, en peignant, en cuisinant, en sculptant. Ah, sensations! A l’origine 5 éléments à rechercher, à mélanger à plaisir, et surtout à partager.
A bientôt vous.
Quand la lumière illumine les mots , elle s’habille de l’âme d’écrire pour sublimer la pensée….
Bon week-end !