Les sculptures
31 mai 2008 | 2 commentaire
“Je n’ai guère approché, pendant ma vie, de ces hommes que les autres hommes appellent grands. Ils ne m’ont pas recherchée. Pour ma part je les fuyais, attristée que leur renommée ne les vît que pâlissants, soucieux déjà de remplir leur moule, de se ressembler, un peu roidis, un peu fourbus, demandant grâce en secret, et résolus à “faire du charme” en s’aidant de leurs petitesses, lorsqu’ils ne forçaient pas, pour éblouir, leur lumière de déclin. Si leur présence manque à ces “souvenirs”, c’est que je suis coupable de leur avoir - le sexe n’importe guère - préféré des êtes obscurs, pleins d’un suc qu’ils défendaient, qu’ils refusaient aux sollicitations banales. Ceux qui soulevèrent, jusqu’à une sorte de passion, ma curiosité, n’étaient parfois indécis que sur la manière dont ils verseraient leur essence la plus précieuse. Ils faisaient comme les gourmands qui tiennent en mépris le homard à l’américaine, parce qu’ils ne sont pas sûrs de le décortiquer proprement. Mais je disposais sans doute du geste lustral - d’une paumée d’eau opportune le guide italien réveille, au passage, l’or assoupi des mosaïques souterraines… Une larme, ou une éclaboussure, et mes préférés se livraient.”
Colette, Mes apprentissages
Vive et vive et vive et vive et vive
Colette la plus fine qui, elle, n’a jamais subi sa lumière de déclin !
C’est qui la fée fauve ? Je comprends rien.