C’est égal
27 février 2005 | 5 commentaire
Autour de moi, ils dorment, ils ont le sommeil lourd. Parfois, je sens Marthe rêver. Je me lève, je me faufile doucement dans sa chambre et je regarde. Qu’est-ce que c’est beau. Ses paupières sont fines et laiteuses, avec des spasmes en forme de rigoles. Ses yeux se reposent du film de la journée, embryons dont le cœur bat sous la membrane de son œuf ouvert. Je voudrais tendre la main pour respirer ses pulsations, mais j’ai peur de la briser comme j’avais peur de la prendre dans mes bras quand elle est née, minuscule. Ce que j’aime le plus lorsque je regarde Marthe dormir, c’est la fragilité de sa nuit qui commence, la multitude des bruits repoussés qui pourraient l’en déloger si notre maison n’existait pas pour faire barrage de sa moquette, des volets, du parc autour de nous. Sans le silence, elle ne s’endormirait pas, elle veillerait en creusant sa vie pour rien. J’ai construit cette maison pour que Marthe n’ait jamais à creuser. Moi, je ne dors plus depuis longtemps, je ne sais plus bailler, j’ai perdu l’odeur des draps et des cheveux défaits, je suis sans réveil, sans croissants, sans pyjama. Je creuse, je fais des tas, mais je me repose dans le sommeil des autres - sans le savoir, ils dorment à ma place. Hier soir, devant la cheminée, je me suis dit Voilà, aujourd’hui j’ai eu toute cette neige tombée depuis le début des vacances, une neige pour moi, un cadeau pour les voir se réveiller avec un jardin blanc, faire de la luge, nous aimer dans le froid, construire une cabane. Je sais bien qu’en vérité, le ciel m’ignore et que je ne suis rien pour lui, rien pour les autres, rien pour moi-même, mais j’ouvre la neige, je défais le ruban, comme dans une dédicace à la radio, lorsque les auditeurs appellent pour offrir une chanson à quelqu’un qu’ils aiment bien. Au-dessus de moi, le ciel m’aura dédicacé sa neige, même si c’est inventé, même si c’est pour du beurre. Avec Marthe, c’est pareil, elle me dort et je peux me souhaiter Fais de beaux rêves, même si ce n’est pas vrai.
Je retiens: “Je sais bien qu’en vérité, le ciel m’ignore et que je ne suis rien pour lui, rien pour les autres, rien pour moi-même.”
Merci de votre visite chez moi. Je vous cite d’ailleurs dans mon dernier billet. Vos propos m’ont laissé une forte impression et me préoccupent ces jours-ci.
Pendant des mois j’ai regardé J. dormir, cela m’a reposé, oui. Aujourd’hui elle est partie et parfois je suis exténué. Mais au-dessus, quoi qu’il arrive, le ciel est toujours bleu, … et il est bon de découvrir le bleu de ce (du) ciel !
toujours un coin de ciel bleu …quelquepart. J’aime à le croire … j’aimais à le croire. Je ne crois plus beaucoup et ça me navre.
“Fais de beaux rêves, même si ce n’est pas vrai”
Qu’en sait-on au fond ? On sélectionne, en fin de nuit. On oublie, on refoule.