Mon ange
1 juillet 2009 | un commentaire
La maison résonne encore des pas de maman, la rampe transpire ses doigts déboussolés, qui nous protégeait des chutes. Je n’accepte pas l’accident survenu dans la nuit, tandis que maman cheminait en aveugle et que nous dormions à tâtons, dans un demi-sommeil qui ne voulait pas d’elle. Je m’en veux de n’avoir pas accouru pour adoucir ses derniers instants, soutenir sa tête, essuyer son front, lui dire J’ai prévenu papa, Les secours arrivent, Regarde comme tu vas déjà mieux puisque ma jeunesse te porte. La tortue d’Etienne se traîne dans ma tête. Elle cherche vaguement ma lenteur, une justification, le pourquoi de ma torpeur éveillée. Comme si la prière en moi, sous les draps, avait laissé mourir maman en guise de délivrance, vague et insistante. Je comprends pourquoi la messe d’hier fut si calme, douce et apaisée : maman ne souffrirait plus - dans notre famille, la nuit avait bien fait les choses. A présent, comment vivre, avec un tel soulagement, me lever chaque matin, née d’une morte et d’un repu qui ronfle ?